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E90 Säbeltiger [188]

Le « Säbeltiger » (Tigre à dents de sabre), qui aurait dû entrer en fabrication à partir de 1946, était un projet de Panzer lourd destiné, à terme, à succéder aux Tiger I et II. Plus lourd, plus gros, plus puissant et mieux armé que le « Königstiger », il aurait sans doute constitué l’échine des Panzerdivisionnen des années 1947-1950 si la guerre s’était prolongée, aux côtés du E-100, du Tiger III et du Panzer VIII Maus.

Les origines du projet

A l’origine de la genèse du « Säbeltiger », il y a le tout premier projet E-100 présenté par la firme Adler dans le cadre du programme visant à développer un Panzer de 100 tonnes destiné à succéder au Tiger II « Königstiger » (Entwickung Panzer 100to ou E100). Ce premier projet fut rebaptisé par la suite E90 comme on le verra plus bas. Ce projet initial de Adler entra rapidement en concurrence avec celui présenté par la firme Porsche, en l’occurrence le projet « Mammut » de 189 tonnes (rebaptisé plus tard Panzer VIII « Maus », non sans humour ! Le problème c’est qu’une nouvelle directe du Heereswaffenamt précisait que le futur char de combat lourd devrait être armé d’un tube de 15 cm. Or, Adler avait prévu d’équiper son premier projet E-100 d’un canon de 12,8 cm qui constituait alors la meilleure pièce antichars en dotation dans la Wehrmacht. Ce problème pouvait à la rigueur être résolu, mais Adler fut informé en outre que son projet E-100 devrait recevoir la même tourelle que le projet concurrent, à savoir la gigantesque tourelle conçue par Krupp pour le projet « Mammut ». Or, l’installation de cette tourelle très large sur le châssis du premier projet E100 s’avérait impossible. Non seulement, cela impliquait de rallonger la caisse et d’installer un galet de roulement supplémentaire, mais on s’aperçut que le diamètre de la circulaire de la tourelle Krupp dépassait la cuve prévue sur le projet Adler, ce qui impliquait d’élargir la caisse pour agrandir la cuve. En conséquence, Adler décida de soumettre un second projet E100 entièrement revu et corrigé, tandis que le projet E100 initial fut débaptisé et renommé E90. En toute logique, le nouveau concept E100 aurait dû être dénommé E140 – et non E100 - car l’installation de la pesante tourelle Krupp de 50 tonnes fit grimper d’un seul coup le poids de 108 à 140 tonnes ! Malgré tout, le nouveau concept E100/E140 paraissait bien plus crédible et viable, en tant que char super-lourd, que le projet « Mammut » de 189 tonnes du Dr. Porsche, qui souffrait à l’évidence d’un manque flagrant de mobilité.

Le « Säbeltiger »

En conséquence, puisque Hitler tenait impérativement à installer un canon de 15 cm et que cette pièce ne pouvait tenir que dans la tourelle Krupp de 50 tonnes, Adler proposa de développer le nouveau concept super-lourd E100/E140 en tant que char de rupture et de barrage, destiné à intervenir dans le cadre de combats défensifs ou de position vu son manque de mobilité et sa pesanteur. Quant à l’ancien projet E100 initial, rebaptisé E90, la firme suggéra de lancer sa production en parallèle, en tant que futur char de combat standard, et d’en faire le successeur désigné du Tiger II, une sorte de version améliorée, plus lourde, plus puissante et encore mieux armée que le « Königstiger ». Ainsi naquit le « Säbeltiger », le Tigre à dent de sabre, une sorte de Super-Tigre ! La proposition de Adler fut très bien accueillie par le Heereswaffenamt qui trouva l’idée très séduisante, tant concernant le E90 que le E100. En matière de protection et de puissance de feu, le E90 Säbeltiger s’avérait en effet bien meilleur que le projet E75 élaboré initialement par Adler comme futur char standard. Il était donc logique d’abandonner le projet E75 au profit du E90 « Säbeltiger ». Pour améliorer sa résistance balistique aux projectiles, la conception du « Säbeltiger » tenait compte des expériences acquises au combat avec le « Panther » et le « Königstiger , et intégrait les derniers perfectionnements technologiques allemands en matière de blindage et de design. L’avant de la caisse, profilé pour faire ricocher les obus, était encore plus incliné que celle du « Panther ». En augmentant l’angle, non seulement on accroissait la probabilité que les obus rebondissent sur le blindage, mais, à épaisseur égale, on augmentait également l’épaisseur d’acier à traverser pour percer le cuirassement, d’où une protection accrue pour l’équipage. Le dessus de la caisse du châssis était constitué par une seule plaque, imbriquée et soudée à la plaque avant selon la technique à tenons et mortaises propre à la production allemande. L’orifice de la mitrailleuse de caisse, placée à l’avant droit, n’était pas rapporté comme sur les chars précédents mais directement moulé dans la masse de cette plaque supérieure. Le pilote et le radio-mitrailleur accédaient à leur poste de combat par deux trappes directement découpées dans le blindage supérieur de la caisse et qui n’affleuraient pas de celle-ci. Le train de roulement des chenilles ne comportait que deux rangs de galets au lieu de trois sur les Tiger I et II, de façon à éviter les problèmes d’accès et de blocage par la boue constatés sur les deux premières séries de Tigre, défauts qui avaient causés pas mal de problèmes aux équipages et entraînés la perte de nombreux engins sur le front de l’Est. Par rapport au Tiger II, la protection des flancs du « Säbeltiger » avait été renforcée par l’ajout d’épaisses plaques de blindages spécialement profilées et incurvées pour offrir le moins de prise possible aux projectiles. Ces plaques (cinq de chaque côté) formaient un véritable bouclier latéral, donnant au nouveau Tigre l’aspect d’un monstre caparaçonné. Elles étaient fixées à la caisse par d’énormes boulons et descendaient jusqu’à mi-hauteur des galets de roulement pour mieux protéger le train et les chenilles, évitant ainsi qu’un obus ne vienne s’encastrer dans l’espace séparant le train et le bord supérieur de la caisse. Les chenilles, très larges pour accroître la mobilité dans la boue et la neige, étaient similaires à celles du Tiger II, mais ne comportaient aucun garde boue à l’avant, laissant les patins exposés frontalement. L’arrière du nouveau char était fortement incliné, comme sur le Panther. La tourelle, totalement différente de celle du Tiger II, était d’un type nouveau à facettes, spécialement étudié pour accroitre la protection de l’équipage. Comme pour la caisse, le cuirassement accusait une forte inclinaison (plus encore que sur le Panther Ausf. G) et la base de la tourelle avait été profilée pour épouser parfaitement le dessus de la caisse. Les flancs de la tourelle présentaient des facettes biseautées formant de léger décrochements angulaires de façon à mieux dévier les coups, d’où qu’ils viennent. En outre, cette tourelle a facettes était techniquement bien plus facile à réaliser qu’une tourelle arrondie et curviligne comme celle prévue pour le Panzer VII Löwe. Contrairement à celle du Königstiger, elle n’était pas moulée d’une pièce mais réalisée par assemblage de 7 plaques imbriquées à tenons et mortaises, soudées entre elles, ce qui facilitait et accélérait la production. La face arrière, également très inclinée, comportait une large trappe rectangulaire pour faciliter l’évacuation en cas d’urgence. Le pointeur, placé à droite, disposait d’un épiscope ménagé directement dans le couvercle de sa trappe. Le chef de char était décalé à l’arrière de la tourelle et disposait d’un tourelleau à épiscopes rayonnants offrant un large champ de vision angulaire. Deux épiscopes latéraux, ménagés dans les flancs de la tourelle, complétaient l’ensemble. Le canon de 12,8 cm KwK, qui constituait alors la meilleure arme antichars en dotation dans la Wehrmacht, avait une puissance de pénétration et une allonge nettement supérieure au 8,8cm du Tiger I, pourtant déjà redoutable. En 1945, aucun blindage connu ne lui résistait et sa précision permettait de détruire au premier coup des chars lourds à plus de 3000 mètres, avant même que ceux-ci soient à même d’ouvrir le feu. C’était un avantage considérable pour les équipages et un gage de sécurité supplémentaire. Ce canon était littéralement conçu pour les vastes compartiments de combat dégagés des immenses plaines de l’Est où le « Säbeltiger » aurait pu démontrer toute sa puissance de feu… Le masque du bouclier du canon était d’un nouveau type, spécialement dessiné pour offrir le moins de prise possible. Il n’était plus plaqué sur la tourelle mais encastré dans la plaque avant du blindage incliné, donnant au char un aspect très moderne, nettement en avance sur son époque. On ne retrouve la même disposition sur certains chars modernes de dernière génération, comme le MERKAVA israélien ou la toute dernière version 6 improved du Panzer Léopard II doté de blindages additionnels inclinés. Pour compenser le manque de mobilité constaté sur le Tiger II, il était prévu d’équiper le « Säbeltiger » d’une nouvelle version plus puissante du moteur Maybach, capable de développer 1500 chevaux, ce qui aurait permis à ce nouveau monstre d’évoluer à 44 km/h et de faire preuve d’une véritable vélocité dans le terrain. En 1944, Hitler, littéralement fasciné par tout ce qui était gigantesque, décida toutefois d’accorder la préférence au développement du Panzer VIII « Maus » de 189 tonnes du Dr. Porsche, au détriment du « Säbeltiger ». Suite à cette erreur monumentale, la mise en production du E90 fut donc repoussée à 1945 et son entrée en unité n’était pas prévue avant 1946, aux côtés du char super-lourd E100/E140. A l’évidence, ce panzer lourd puissant et véloce aurait constitué un adversaire de taille pour la nouvelle génération de chars alliés en cours d’introduction en 1945. Si le Tiger II « Königstiger » jouait à armes égales avec les nouveaux CENTURION, CONQUEROR, TORTOISE, PERSHING, T28, T29 et autres JOSEF STALIN III, le « Säbeltiger » les surclassait nettement et aurait donc constitué un adversaire redoutable. Il leur était supérieur en matière de vélocité, de blindage et de puissance de feu, si bien qu’il aurait probablement redonné l’avantage à la Wehrmacht. Si il était entré en production, il ne fait donc aucun doute que le « Säbeltiger » aurait acquis ses lettres de noblesse et qu’il serait entré dans la légende, comme le Tiger I et II.

 
 

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