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Daimler Benz A [527]

Avec la prolongation de la guerre en 1942 et l’éloignement de plus en plus grand du front, le haut commandement allemand commença à ressentir l’absence de bombardiers stratégiques à longue portée. Dans la perspective d’une guerre courte et offensive, la Luftwaffe avait été dotée de bombardiers rapides à courte et moyenne portée et de bombardiers en piqué, mais on avait totalement négligé les bombardiers lourds. Hitler avait jugé ce type d’appareil inutile puisque la guerre serait liquidée en quelques mois, temps jugé nécessaire pour abattre successivement l’Angleterre et la Russie. La réalité fut quelque peu différente de ses pronostics… Pour corriger le tir, Junkers et Messerschmitt commencèrent donc à travailler dès 1942 sur des projets de bombardiers lourds à longue portée. Mais même ce type d’appareil avait ses limites et ne pouvait atteindre des objectifs situés au-delà du continent européen. En 1943, le Reichsmaréchal Göring lança donc un appel d’offre visant à créer un bombardier géant à très long rayon d’action, capable d’atteindre des cibles stratégiques situées à plusieurs milliers de kilomètres. Le but était de pouvoir pilonner les usines d’armement russes situées au cœur même de l’Union soviétique, derrière la barrière de l’Oural, en Sibérie centrale et orientale. Les Nazis, et Hitler en particulier, rêvaient également de pouvoir frapper le territoire américain et les grandes mégapoles de la côte Est, par delà les immensités de l’océan Atlantique Nord. Le projet avait donc une forte connotation stratégique et visait à doter l’Allemagne d’un bombardier aux performances transcontinentales. La solution proposée par Daimler Benz était simple, bien que non conventionnelle. Elle consistait à superposer deux bombardiers l’un sur l’autre, de façon à accroître considérablement le rayon d’action. Vu l’ampleur de l’enjeu et l’importance du défi technique, Daimler-Benz et Focke-Wulf décidèrent de s’allier pour étudier le concept d’un appareil capable de frapper à très grandes distances sans aucun ravitaillement en vol.

Le « Projet A »

La solution proposée était très simple, bien que fort inhabituelle. Elle consistait à utiliser deux bombardiers installés l’un sur l’autre, de façon à augmenter considérablement le rayon d’action. Le bombardier-mère, de taille géante et très puissamment motorisé, était destiné à convoyer le bombardier secondaire jusqu’à la limite de son autonomie. Le second bombardier, de taille plus petite, faisait ainsi l’économie de son carburant durant la phase de décollage et le long vol de croisière. Une fois parvenu aux deux tiers de la distance de l’objectif, il allumait alors ses moteurs puis était largué pour poursuivre seul la mission avec ses réservoirs pleins, tandis que l’avion-mère faisait demi-tour pour regagner sa base. L’ensemble du vol s’effectuait à très haute altitude, l’air étant moins dense dans la haute atmosphère, ce qui permettait une économie substantielle de carburant. Le concept était en soi très similaire à celui des Mistel, à la seule différence que l’engin secondaire était ici un avion piloté et non une bombe ou un missile…

L’avion-mère « A-I »

L’avion mère avait une taille géante. Il mesurait 35,80 m de longueur et affichait une hauteur de 12,56 mètres. Cette hauteur considérable interdisait d’utiliser un train d’atterrissage rétractable. Le bombardier était donc équipé de deux énormes jambes fixes dont l’écartement atteignait 26 mètres pour pouvoir suspendre entre elles le bombardier secondaire. Vu le poids cumulé des deux appareils, chaque atterrisseur comportait trois roues gigantesques disposées en ligne, intégrées dans un carénage profilé pour diminuer la traînée. La voilure avait 54 mètres d’envergure et était composée d’une seule aile droite accusant un léger dièdre aux extrémités. Il était prévu de le motoriser avec 4 turboréacteurs Heinkel-Hirth He S-021 perchés sur des pylônes installés au-dessus de l’aile. Soit un poids en charge de 45’800 kg.

Le bombardier secondaire « A-II »

Le bombardier parasite installé sous l’avion-mère était plus petit, avec une envergure de seulement 23,16 mètres, pour un poids en charge au décollage de 71 800 kg (bombes comprises). Il possédait une voilure en flèche, un fuselage très aérodynamique et un empennage en V de type papillon, de façon à pouvoir le loger facilement sous le ventre du bombardier-porteur. Sa propulsion était assurée par deux turboréacteurs BMW 018 suspendus sous les ailes, développant chacun 7 500 kgp et susceptibles de conférer au bombardier une vitesse d’environ 1000 km/h. Le cockpit, largement vitré, occupait tout l’avant du fuselage, le nez ayant une forme conique. La séparation était déclenchée par des rivets explosifs. La combinaison des deux bombardier parasite était susceptible de délivrer 30 000 kg de bombes à une distance totale de 9’ 000 kilomètres, ce qui permettait d’atteindre le cœur des Etats-Unis, la Sibérie ou encore l’Asie. L’effet destructeur attendu était nettement plus massif que celui d’un bombardier classique vu l’importance du tonnage embarqué.

Un projet d’une viabilité douteuse…

Ces deux appareils auraient pu entrer en fabrication dès 1945 ou 1946 si la guerre n’avait pas mis un terme au projet. On peut toutefois douter de la viabilité d’un tel concept qui aurait non seulement nécessité des pistes anormalement longues et supportant un très fort tonnage, mais aussi une quantité énorme de kérosène, incompatible avec la pénurie qui frappait alors le Reich. Au décollage, l’ensemble des deux appareils aurait pesé 116 tonnes, de quoi défoncer n’importe quelle piste d’aviation ! Quant à une hypothétique frappe contre les Etats-Unis, elle aurait impliqué un largage au large des côtes d’Amérique du nord, l’appareil secondaire s’enfonçant ensuite à haute vitesse profondément dans le pays pour larguer sa cargaison à haute altitude sur une cible stratégique. Ce mode opératoire aurait toutefois impliqué de sacrifier le pilote du bombardier parasite, celui-ci n’ayant aucune chance de regagner l’Allemagne. Même chose pour une frappe en Sibérie… Ce premier projet « A » donna naissance à toute une série d’autres variantes (projets Daimler Benz B à F) basés sur le même concept, mais destinés à convoyer à longue distance d’autres types d’appareils (petits chasseurs parasites, avions d’attaque, missiles pilotés). Mais ceci est une autre histoire…

FICHE TECHNIQUE

Ensemble poerteur et bombardier
Poids total au décollage 116 tonnes
Rayon d’action cumulé 9 000 km en combinant les deux bombardiers
Daimler-Benz A-I (avion-mère)
Longueur 35,80 m
Envergure 54,00 m
Hauteur 11,56 m
Poids 45 800 kg
Ecartement du train 26 m
Motorisation 4 x turboréacteurs Heinkel-Hirth He S-021
Equipage 4 hommes
Daimler-Benz A-II (bombardier parasite)
Longueur 30,75 m
Envergure 23,10 m
Poids en charge 71 800 kg
Charge utile 30 000 kg de bombes en soute
Motorisation 2 x BMW 018
Equipage 2 hommes

 
 

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